Jeudi 4 juillet 2002
VALÉRIE DUBY

En 1989, le public découvrait líémouvante histoire de líAméricaine Betty Mahmoody, retenue avec sa fille en Iran. Depuis, des centaines de Betty se sont retrouvées dans la même situation. Et treize ans plus tard, líhistoire semble se répéter. Cette fois, la jeune femme síappelle Marie. Agée de 28ans, elle est Franco-Suisse, maman de deux petites filles et vit à Genève. Depuis début mai, Marie et ses enfants se trouvent en Arabie saoudite. La maman de Marie, Josselyne Rochat, les attendait à Cointrin le 10mai dernier. En vain. Depuis, elle a déposé plainte pour séquestration et enlèvement à líencontre de son beau-fils.

Líhistoire díamour entre Marie et son époux remonte à 1995. Lui est originaire díune famille aisée díArabie saoudite. Il vient à Genève pour ses affaires, la plupart du temps accompagné de ses body-guards. Il est le PDG díune société de management de la rue du Marché. Le couple se marie en 1996 à Bahreïn; líunion est retranscrite devant líEtat civil genevois. Le premier enfant naît en 1997. Une petite súur arrive deux ans plus tard. "Au début, tout se passait bien", raconte Josselyne Rochat. "Ma fille a même habité quatre ans en Arabie saoudite. Mais elle vivait à Genève depuis la naissance de son deuxième enfant."

Un piège?

 A líhiver 2001-2002, Marie va rejoindre son mari à Dammam. "Lors de ce séjour, les choses se sont mal passées. Mon beau-fils, très jaloux, lía frappée au visage. Il líavait díailleurs déjà fait suivre à plusieurs reprises. Cíest lors de ce séjour quíil a dit à Marie quíil ne voulait pas que leurs enfants reviennent en Suisse. Au terme de grandes négociations, il a accepté que sa famille rentre au pays. Jíavais essayé de lui faire comprendre que cela était dans líintérêt des enfants scolarisés à Genève dans une institution catholique", poursuit la grand-mère. Les relations vont alors se détériorer entre la belle-mère et son gendre, qui la menace de mettre le feu à sa boutique. "Il a parfois líalcool violent", commente-t-elle.

Début mai 2002, la famille retourne pourtant en Arabie saoudite. Marie a été contactée par son beau-père, qui doit se faire opérer du cúur. Líhomme veut absolument voir ses petites-filles, peut-être pour la dernière fois... Une fois là-bas, il aurait menacé Marie de demander le divorce si elle ne signait pas des lettres rédigées en arabe. "Des documents établissant sans doute que Marie renonçait à la garde des enfants", remarque Jean-Claude Lüthi, responsable díun réseau de parents et grands-parents (www.reseauparents.ch/MarieR.html).

Délai au 9 juillet

 Depuis lors, Marie níest pas revenue. "Surveillée en permanence", "voilée", elle "ne peut rien faire", pour reprendre les termes de sa maman. "Elle a même reçu des menaces de mort." De Genève, Josselyne Rochat ne sait vraiment plus quoi entreprendre pour faire revenir sa fille. Elle ne peut évidemment se rendre sur place, sans y être invitée. Elle síest dès lors adressée aux ambassades française et suisse à Riyad, aux autorités suisses à Berne et françaises à Paris. Elle a également pris contact avec Jean-Claude Lüthi. Ce dernier constate que "depuis le début de líété. son réseau a une activité intense... Des hommes, mais aussi des femmes, continuent à enlever des enfants. Ils ne se rendent pas compte que cette agression va demander, pour les enfants, des années de traitement. Dans le cas díespèce, la maman est encore sur place. Mais il y a fort à craindre quíelle soit expulsée du pays", estime M. Lüthi.

La balle est maintenant dans le camp de líépoux, qui a jusquíau 9juillet pour revenir à Genève. "Il níy a que lui qui peut arrêter la machine. Díentente avec le Parquet du procureur, la plainte est en quelque sorte suspendue jusquíà cette date", explique Jean-Claude Lüthi. Tous les contacts que peut avoir madame Rochat avec sa fille se font désormais par líintermédiaire des avocats. Me Alain Veuillet, le conseil du mari de Marie, souhaite faire cesser "líhystérie qui règne autour de cette histoire". "Mon client, dit-il, a prévu de revenir à Genève dans la deuxième quinzaine de juillet. Il nía díailleurs jamais dit quíil ne voulait pas rentrer."

Du côté de la famille de Marie, on aimerait se montrer aussi optimiste. Les avocats de la jeune femme, Mes Thierry Ador et Tal Schibler, analysent calmement la situation: "La seule chose qui importe est le retour de notre cliente avec ses enfants. Ensuite, ici, nous réussirons certainement à dissiper les questions dans le respect des intérêts de la culture de chacun."

Tribune de Genève: tél: +41 22 322 40 00 fax: +41 22 781 01 07
11, rue des Rois - CP 5115 - 1211 Genève 11,